La Wallonie peut atteindre l'autosuffisance alimentaire avec son territoire agricole
Une étude menée par Gembloux Agro-Bio Tech et publiée dans npj | sustainable agriculture (Nature) montre que la Wallonie pourrait nourrir sa population avec sa propre production agricole, à condition de repenser notre manière de manger et de mieux valoriser les ressources existantes. Aujourd’hui, notre système alimentaire dépend fortement des importations, et notre régime, riche en produits d’origine animale, mobilise trop de terres agricoles. Dans ces conditions, atteindre l’autonomie alimentaire régionale est impossible.
L'article, rédigé par le chercheur Tom Desmarez et les Pr Jérôme Bindelle et Benjamin Dumont (Gembloux Agro-Bio Tech-ULiege), étudie différents scénarios combinant plusieurs régimes alimentaires et modes de production agricole. Le régime actuel a été comparé à deux régimes plus durables : le régime TYFA, basé sur une alimentation plus saine et aligné avec une agriculture agroécologique, et le régime EAT-Lancet, largement végétal et conforme aux recommandations de santé publique et aux limites écologiques de la planète.
En agriculture conventionnelle, les résultats sont clairs : en changeant de régime alimentaire et en optimisant l’utilisation des terres, la Wallonie pourrait non seulement atteindre l’autosuffisance, mais aussi libérer une partie importante de ses surfaces agricoles. Concrètement, cela signifie réallouer les cultures et adapter les rotations pour correspondre aux besoins alimentaires réels de la population. Adopter le régime EAT-Lancet permettrait par exemple de dégager près de 18 % de la surface agricole, offrant ainsi des marges pour renforcer la biodiversité, développer des pratiques agroécologiques ou d’autres usages durables. Cette autonomie devient encore plus forte si l’on réduit le gaspillage alimentaire, aujourd’hui estimé à environ 30 % des denrées : en le ramenant à 10 %, l’efficacité du système s’accroît considérablement, en libérant 46 % des surfaces avec le régime EAT-Lancet et 29 % avec TYFA.
À l’inverse, le régime alimentaire actuel ne permet pas d’atteindre l’autonomie, même en optimisant l’allocation des surfaces et en réduisant fortement le gaspillage. La dépendance reste trop forte en raison de la part importante de produits animaux et des besoins en terres associés.
En agriculture biologique, les rendements plus faibles rendent également l’autonomie plus difficile à atteindre. Mais l’étude montre qu’il est tout de même possible d’y parvenir si la population adopte le régime EAT-Lancet, si le gaspillage alimentaire est fortement réduit et si les terres sont allouées et gérées de manière optimale. Autrement dit, une Wallonie nourrie totalement par son agriculture biologique est envisageable, mais à condition de combiner plusieurs leviers : changer ce que l’on mange, produire de façon plus durable, gaspiller moins et repenser l’organisation de l’espace agricole.
Cette recherche rappelle que la sécurité alimentaire ne dépend pas uniquement d’une augmentation de la production, mais aussi de choix collectifs sur notre alimentation et sur la manière d’utiliser intelligemment les ressources agricoles du territoire.
En savoir plus :
Desmarez, T., Bindelle, J. & Dumont, B. Towards sustainable diets and farming systems through land use optimisation. npj Sustain. Agric. 3, 49 (2025). https://doi.org/10.1038/s44264-025-00092-y
