Interview

Publier son premier article, une étape marquante dans un doctorat



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©️ Emilien Vandendris

Doctorante en quatrième année à Gembloux Agro-Bio Tech, Louise Vilain vient de publier son premier article scientifique en tant que première autrice. Entre chimie des plantes, phytohormones et recherche fondamentale, elle revient sur son parcours, sur l’écriture d’un article de revue et sur ce que représente cette première publication dans un doctorat.

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Louise Vilain et je suis doctorante en quatrième année à Gembloux Agro-Bio Tech. J’ai commencé ma thèse en 2022, juste après mon master, grâce à une bourse FRIA du Fonds de la Recherche Scientifique – FNRS.

J’ai fait toutes mes études à Gembloux : un bachelier bioingénieur en option chimie, puis un master en chimie et bio-industries. Mon parcours s’est progressivement construit entre la chimie et les sciences végétales, notamment lors de mon Erasmus à l’université de Wageningen, aux Pays-Bas, où j’ai suivi des cours davantage orientés vers les plantes.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la recherche ?

Je ne me suis jamais imaginée chercheuse quand j’étais plus jeune. Je pense que je suis tombée dans la recherche grâce aux cours à la Faculté, en particulier ceux où l’on devait mener à bien des projets.

Un cours en particulier m’a marquée : on devait travailler sur la valorisation d’écorces d’arbres tropicaux, et construire une partie du protocole nous-mêmes à partir de la littérature. On partait d’une problématique, on réfléchissait à une solution, on la testait, puis on essayait de comprendre pourquoi ça fonctionnait ou non.

Cette logique de résolution de problème m’a vraiment stimulée, et c’est à partir de ce moment-là que j’ai compris que cette manière de travailler me plaisait.

Sur quoi porte ta thèse ?

Mon sujet de thèse porte sur ce que j’appelle souvent la “chimie des plantes”. Plus concrètement, j’étudie comment une classe de phytohormones, les jasmonates, aide les plantes à survivre lorsqu’elles sont confrontées à un stress, en particulier pendant une carence en phosphore.

Contrairement à nous, les plantes ne peuvent pas se déplacer pour éviter un stress : elles doivent percevoir ce qui se passe dans leur environnement, transmettre l’information et mettre en place des réponses adaptées.

En recherche fondamentale, on cherche à comprendre ces mécanismes, mais cela peut aussi mener à des perspectives plus appliquées pour aider les plantes cultivées à mieux résister à certains stress.

En quoi consiste ta publication ?

Il s’agit d’un article de revue. Contrairement à un article de recherche classique, il ne présente pas de nouvelles données expérimentales, mais rassemble, analyse et structure les connaissances existantes sur un sujet pour lequel il n’existe pas encore de synthèse complète.

Au départ, je voulais écrire une revue sur les phytohormones dans le contexte d’une carence en phosphore. Mais en cherchant dans la littérature, j’ai réalisé qu’il manquait un article présentant une vue d’ensemble complète sur les phytohormones : leur fonctionnement individuel, leurs mécanismes d’interaction, mais aussi d’autres aspects encore relativement peu étudiés.

L’article de revue s’est donc finalement construit autour de ces éléments : expliquer comment les phytohormones sont produites, transportées et perçues par la plante ; comprendre comment elles interagissent ; identifier ce qui reste encore sous-exploré ; et réfléchir aux applications possibles de ces recherches fondamentales.

Combien de temps prend la préparation d’un article de revue ?

Dans mon cas, il a fallu environ deux ans pour trouver le bon sujet, puis un an et demi pour écrire l’article. Mais cela dépend beaucoup du sujet, de la personne et du temps que l’on peut y consacrer.

Pour un article aussi large, un an et demi n’est pas forcément une durée énorme. Mais cela demande beaucoup d’énergie, surtout parce qu’il faut souvent jongler avec le reste de la thèse : les manipulations en laboratoire, la recherche bibliographique, la rédaction, les corrections, l’encadrement de stagiaires…

Si on ne dégage pas de vrais moments pour avancer sur l’article, on progresse très lentement et ça peut être dur, parce qu’on ne se voit pas avancer dans son travail. Pour arriver à gérer ce problème, j’ai fonctionné avec des échéances réalistes et j’ai essayé de m’y tenir au mieux.

Au-delà de la rédaction, il y a également le processus de soumission et de publication de l’article, qui peut prendre du temps en fonction du journal. Publier un article, c’est aussi choisir un journal et espérer que le sujet plaise aux éditeurs, sinon il faut soumettre l’article dans un autre journal. Entre la première soumission et la publication finale, huit mois se sont écoulés pour ma part.

Publier un article, c’est donc un travail de longue haleine, mais le résultat final est très satisfaisant.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ce travail ?

Le plus compliqué, c’était de garder une ligne directrice claire. Quand on écrit un article de revue, on lit énormément d’articles. Certains sont passionnants, et on a vite envie de creuser dans toutes les directions.

Mais il faut accepter que tout ne rentrera pas dans l’article. Sinon, on finit par écrire un livre. Il faut apprendre à trier, à revenir au sujet principal et à garder uniquement ce qui sert vraiment le propos.

C’est aussi un exercice d’organisation. Il faut gérer beaucoup de références, retenir quel article démontre quoi, et trouver une méthode de travail efficace. Ce n’est pas quelque chose qu’on maîtrise parfaitement dès le départ : il faut le temps de trouver sa propre méthode.

Comment as-tu vécu l’encadrement et les corrections ?

Mes promotrices, Marie-Laure et Manon, ont joué un vrai rôle d’encadrement. Pour les premières parties, le fil rouge de l’article était relativement évident. Mais pour les dernières parties, c’était beaucoup moins simple, et au début je suis partie un peu dans tous les sens.

Je suis arrivée en réunion avec beaucoup d’idées différentes : certaines trop larges, d’autres trop précises. Petit à petit, on a construit l’angle de l’article ensemble. Et dans les moments de doute, leur soutien a été précieux, tout comme celui de mes proches d’ailleurs.

Leurs corrections font partie du processus et sont vraiment nécessaires. Quand on a passé des mois sur un texte, on perd forcément du recul. Avoir des regards extérieurs permet de voir ce qui manque, ce qui n’est pas clair, ou ce qui peut être renforcé.

En plus, quand un article est soumis, il est relu par d’autres scientifiques, qui peuvent demander des modifications parfois plus ou moins importantes avant acceptation de l’article par le journal. Dans mon cas, il y a eu des révisions majeures. C’était exigeant, mais les commentaires étaient constructifs et m’ont vraiment aidée à améliorer l’article.

Qu’est-ce que cette première publication a changé pour toi ?

Quand l’article a été accepté, ma première réaction a été le soulagement. Après les révisions, je savais que beaucoup de travail avait été fourni, mais il restait toujours une part d’incertitude.

C’était aussi une grande joie, parce qu’il s’agissait de mon premier article en tant que première autrice, publié dans un bon journal. Le moment où j’ai vu l’article mis en page, dans sa forme finale, a rendu les choses très concrètes. Je me suis dit : “Là, c’est réel.”

Cette publication m’a aussi donné confiance. Voir que d’autres scientifiques considéraient ce travail comme utile m’a rassurée. En tant que jeune chercheuse, on doute souvent : de ses idées, de ses méthodes, de sa légitimité. Cette publication m’a donné la sensation d’appartenir « officiellement » au monde de la recherche.

De quoi es-tu la plus fière ?

Je suis surtout fière d’être allée jusqu’au bout. Un article comme celui-là demande beaucoup de temps, d’effort et de persévérance. À la fin, on pourrait toujours relire, modifier, reformuler, ajouter des éléments… mais il faut aussi apprendre à s’arrêter et à soumettre.

Je craignais aussi de faire un article trop généraliste. Finalement, je suis contente d’avoir réussi à traiter les aspects que je voulais aborder et d’avoir construit quelque chose de cohérent.

Quel conseil donnerais-tu à une jeune doctorante ou à un jeune doctorant qui s’apprête à écrire son premier article ?

Je lui conseillerais de lire beaucoup avant d’écrire. Lire sur son sujet, mais aussi autour de son sujet. Et surtout, garder de côté les articles que l’on trouve vraiment excellents.

Quand on lit un article et qu’on se dit : “J’aimerais réussir à faire aussi bien”, c’est précieux. Ces articles peuvent servir de repères ou de modèles au moment de construire son propre texte, notamment pour un article de revue, où les formats peuvent être très différents en fonction des journaux.

Avant d’écrire, il faut aussi bien choisir le sujet de l’article de revue, et ça peut se révéler parfois plus compliqué que ce qu’on ne pense. Notamment, il vaut mieux vérifier soigneusement qu’il n’y a pas déjà un autre article de revue récemment publié sur un sujet très proche.

Et surtout, il faut croire en soi. Si on est arrivé jusque-là, ce n’est pas par hasard. Il y aura des moments de doute, des expériences qui ne fonctionnent pas, des périodes où tout semble compliqué. Ça fait partie du parcours, c’est normal. Mais il faut respirer, prendre du recul et persévérer, car tout vient à point à qui sait attendre. You can do it!

 

L'article de revue de Louise

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