Une publication dans Nature

La consommation de viande de chasse en Afrique centrale constitue une pression croissante sur la faune



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©️ Université de Liège / S.Lhoest

Une étude internationale montre que la consommation de viande d'animaux sauvages en Afrique centrale a augmenté de manière significative entre 2000 et 2022, atteignant plus d'un million de tonnes par an dans la deuxième plus grande région forestière tropicale du monde. Si cette ressource reste indispensable à la sécurité alimentaire des populations rurales, la demande urbaine croissante exerce une pression accrue sur la faune sauvage. Des chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) ont contribué à cette étude en fournissant des données de terrain collectées en Afrique centrale.

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a viande d'animaux sauvages - communément appelée viande de brousse - constitue un pilier alimentaire pour des millions d'habitants d'Afrique centrale. Une étude internationale coordonnée par le Centre de recherche forestière internationale CIFOR-ICRAF, à laquelle ont contribué des chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech, quantifie pour la première fois, à l'échelle régionale, l'évolution de cette consommation sur plus de deux décennies. Les résultats, publiés dans la prestigieuse revue scientifique Nature, alertent sur la nécessité de réduire la demande en milieu urbain pour préserver la faune et garantir durablement la sécurité alimentaire rurale.

À partir d'une compilation de données issues de trente études publiées ou inédites, réalisées entre 2000 et 2022 dans sept pays d'Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, Guinée Équatoriale, Gabon, République du Congo et Nigéria), les chercheurs ont constitué la base de données la plus complète jamais rassemblée sur ce sujet. Elle couvre plus de 12 000 ménages répartis dans 252 localités. L'analyse montre que la biomasse annuelle de viande sauvage consommée dans la région forestière d'Afrique centrale est passée de 0,73 million de tonnes entre 2000 et 2010 à 1,10 million de tonnes en 2022, une hausse directement liée à la croissance démographique, qui a vu la population de la région doubler en vingt ans.

"Dans les zones rurales, la viande sauvage demeure une source de protéines difficilement remplaçable, explique Simon Lhoest, bioingénieur spécialiste de la santé des forêts et de la gestion de la faune à l'ULiège. Les villageois en consomment en moyenne 56 grammes par jour, ce qui représente environ 20 % de l'apport quotidien en protéines recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS)." Dans des régions où l'élevage est difficile, notamment en raison des maladies animales, du manque de fourrage et de l'absence d'infrastructures de transport, et où les alternatives à base de produits de la mer ou importées restent peu accessibles, la faune sauvage joue un rôle nutritionnel irremplaçable pour de nombreuses communautés. Interdire sa consommation sans alternative crédible mettrait en danger la sécurité alimentaire de populations déjà vulnérables, un constat que l'étude pose avec clarté en réponse aux appels lancés après la pandémie de COVID-19 pour une prohibition totale.

"La situation est préoccupante, reprend le chercheur. Si les habitants des grandes villes consomment individuellement moins de viande sauvage que les ruraux - 16 grammes par jour en ville contre 56 en village -, la concentration de la population dans les centres urbains fait des métropoles et des villes secondaires des foyers de consommation dont la pression cumulée s'avère considérable." Les chercheurs estiment que les villes et agglomérations de plus de 10 000 habitants seraient responsables d'environ 40 % de la viande sauvage prélevée dans la région, soit quelque 600 000 tonnes par an ! Or, dans ces contextes, la consommation relève moins de la nécessité que de motifs culturels ou d'un certain statut social, la viande de brousse étant perçue comme plus saine que les viandes importées et associée aux traditions d'origine. C'est précisément sur cette demande-là que les politiques de conservation doivent agir en priorité, selon les auteurs.

Simon Lhoest a contribué à cette étude internationale en fournissant des données de terrain collectées sur plusieurs sites d'Afrique centrale, dans le cadre de projets de recherche menés par l'Axe de Gestion des Ressources Forestières de Gembloux Agro-Bio Tech. "Ces données, intégrées à la base commune, ont permis d'élargir la couverture géographique de l'analyse et d'en renforcer la robustesse statistique." La participation de Gembloux s'inscrit dans une dynamique de recherche à long terme portant sur les liens entre les forêts tropicales, la biodiversité et les modes de subsistance des populations locales.

Face à ces résultats, l'équipe scientifique plaide pour une approche différenciée, en maintenant et en soutenant un usage légal et durable de la faune dans les zones rurales, tout en réduisant significativement la consommation dans les grandes agglomérations et en développant parallèlement des filières alternatives (aviculture, pêche, élevage intensifié de manière raisonnée) capables de répondre aux besoins nutritionnels sans compromettre la biodiversité. Les auteurs rappellent que ces enjeux s'inscrivent directement dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal et les Objectifs de développement durable des Nations Unies, qui reconnaissent la nécessité de concilier la conservation de la faune et la sécurité alimentaire des communautés les plus vulnérables.

Référence scientifique

Bessone, M., Ingram, D.J., Abernethy, K., Abua, S., Allebone-Webb, S., Antonacci, D., Kim, R., Brittain, S., Cornelis, D., Detoeuf, D., Emogor, C.A., Fa, J.E., Foerster, S., Fonteyn, D., Grande Vega, M., Hodgkinson, C., Ickowitz, A., Kamogne Tagne, C.T., Kemalasari, D., Kümpel, N., Lhoest, S., Mavah, G., Mouanda Niamba, R.G., Midoko Iponga, D., Milner-Gulland, E.J., Muhindo, J., Munyuli, T., Nasi, R., Ngama, S., Nyumu, J., Ombeni, J., Poulsen, J.R., Rowland, D., Sampurna, Y., Sandrin, F., Starkey, M., Tata, C., Tieguhong, J.C., van Vliet, N., Vigneron, P., Whytock, R.C., Wieland, M., Wilkie, D., Willis, J., Wright, J. & Coad, L., Increase in wild animal consumption across Central Africa. Nature. 2026.

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Simon LHOEST

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